« J’ai la flemme » : pourquoi le plus difficile pour un ado est souvent de commencer ses devoirs

18 August 2026 Myriam, enseignante et fondatrice de PROFIA 9 min de lecture Aider son enfant au collège et au lycée

Il rentre du collège fatigué, prend son téléphone « cinq minutes » et, une heure plus tard, les devoirs n’ont toujours pas commencé. Manque de motivation ? Paresse ? Pas forcément. Chez beaucoup d’adolescents, le véritable obstacle se situe quelques minutes plus tôt : réussir à démarrer.

Quand un parent me dit « mon ado ne veut pas faire ses devoirs », la première explication qui vient souvent à l’esprit est le manque de motivation. Pourtant, ce que j’observe chez certains élèves est un peu différent.

« J’ai la flemme. »

C’est probablement l’une des phrases que j’entends le plus souvent avec les collégiens que j’accompagne.

Pas forcément face à un devoir particulièrement difficile. Parfois, il suffit de leur demander de sortir leur cahier, de reprendre une leçon ou de commencer un exercice.

« Je le ferai après. »

« Je suis fatigué. »

« J’ai pas envie. »

Et le problème ne disparaît pas nécessairement avec un meilleur outil, un cours particulier ou même une intelligence artificielle capable de les aider.

Je le constate aussi avec PROFIA : une fois que l’élève est connecté et qu’il commence à travailler, l’échange peut très bien fonctionner.

Mais encore faut-il qu’il décide… de commencer.

C’est une distinction importante, parce que nous parlons beaucoup de motivation scolaire, alors que le problème se situe parfois ailleurs.

Il veut réussir… mais il ne commence pas

Un adolescent peut vouloir avoir de bonnes notes.

Il peut être déçu après un contrôle raté.

Il peut parfaitement savoir qu’il devrait travailler davantage.

Et malgré tout repousser ses devoirs chaque soir.

Cela paraît contradictoire, mais ça ne l’est pas forcément.

La procrastination scolaire est étudiée comme un problème d’autorégulation : on reporte une tâche que l’on sait nécessaire, même si ce report risque ensuite de nous pénaliser. Une revue de la littérature consacrée aux enfants et adolescents souligne d’ailleurs que la procrastination scolaire est associée aux performances mais aussi au bien-être des élèves.

Autrement dit, demander :

« Pourquoi tu ne veux pas travailler ? »

n’est peut-être pas toujours la bonne question.

Il faudrait parfois demander :

« Qu’est-ce qui t’empêche de commencer ? »

Après l’école : « je suis fatigué »

Il faut d’abord accepter une évidence : après une journée de cours, un adolescent peut réellement avoir besoin d’une pause.

Le problème apparaît lorsque la pause n’a plus de fin clairement définie.

Il rentre.

Il goûte.

Il prend son téléphone.

Une vidéo en appelle une autre. Un message arrive. Il consulte une notification, puis une autre application.

Et 17 h 15 devient 18 h 30.

Entre-temps, les devoirs n’ont pas disparu. Ils sont simplement devenus encore moins attirants.

Les recherches montrent des associations entre usage problématique du smartphone et procrastination scolaire. Mais il faut rester prudent : cela ne signifie pas que le téléphone est à lui seul la cause de la procrastination. Les relations peuvent être complexes et aller dans les deux sens.

Le téléphone est surtout un concurrent redoutable au moment de commencer une activité qui demande un effort.

Entre :

« ouvre ton cahier de maths, relis la leçon et essaie de comprendre l’exercice 24 »

et

« regarde cette vidéo de 20 secondes »,

le choix le plus facile à cet instant n’est pas difficile à deviner.

Ce n’est pas une raison pour conclure que les adolescents sont devenus paresseux.

C’est une raison pour s’intéresser au moment de bascule entre la pause et le travail.

« Fais tes devoirs » est une tâche beaucoup plus compliquée qu’elle en a l’air

Pour un adulte, « fais tes devoirs » paraît être une consigne simple.

Pour l’élève, elle peut en réalité cacher toute une série d’actions :

ouvrir Pronote ;

regarder ce qu’il y a à faire ;

choisir une matière ;

retrouver le bon cahier ;

comprendre la consigne ;

se rappeler où le cours s’est arrêté ;

décider comment commencer ;

et enfin se mettre réellement au travail.

Tout cela mobilise ce que l’on appelle les fonctions exécutives : planifier, organiser, maintenir son attention, gérer plusieurs informations et orienter son comportement vers un objectif. Ces capacités continuent à se développer pendant l’enfance et l’adolescence.

C’est pourquoi une phrase comme :

« Allez, fais tous tes devoirs maintenant »

peut parfois être beaucoup moins efficace que :

« Commence simplement par regarder ce que tu as en maths pour demain. »

Puis :

« Sors ton cahier. »

Puis :

« Lis seulement le premier exercice. »

La montagne devient une première marche.

Derrière « j’ai la flemme », plusieurs réalités différentes

Lorsque j’entends cette phrase, je ne suis pas certaine qu’elle signifie toujours « je n’ai aucune envie de réussir ».

Elle peut vouloir dire plusieurs choses.

« Je ne sais pas par où commencer »

L’élève regarde tout ce qu’il doit faire et ne choisit rien.

Dans ce cas, ce n’est pas forcément de motivation qu’il manque, mais d’un premier objectif suffisamment précis.

Au lieu de :

« Travaille ton contrôle d’histoire. »

Essayer :

« Relis uniquement la première partie et raconte-moi ce dont tu te souviens. »

« Ça va être trop long »

L’élève imagine déjà une heure de travail.

Avant même d’avoir commencé, il a envie d’éviter la tâche.

Dans ce cas, annoncer cinq ou dix minutes peut être beaucoup plus acceptable :

« Tu commences dix minutes. Ensuite, tu vois où tu en es. »

L’objectif n’est pas de lui faire croire que dix minutes suffiront toujours.

L’objectif est de faire disparaître l’obstacle du démarrage.

« Je vais encore ne rien comprendre »

C’est un autre « j’ai la flemme » que l’on sous-estime.

Lorsqu’un élève s’attend à échouer, éviter le travail peut aussi lui éviter momentanément de se confronter à cette difficulté.

Les travaux sur la procrastination montrent justement qu’elle ne se résume pas à une mauvaise gestion du temps : les émotions associées à une tâche et la capacité à les réguler jouent également un rôle.

Dans ce cas, répéter :

« Fais un effort ! »

risque de ne pas régler grand-chose.

Il faut parfois commencer par une question sur laquelle il peut réussir.

« Je le ferai plus tard »

C’est probablement le cas le plus classique.

Le problème est que « plus tard » n’est pas une heure.

Une vraie pause peut être utile.

Mais :

« Je me repose jusqu’à 17 h 30, puis je commence »

n’est pas la même chose que :

« Je commencerai après ».

Dans le premier cas, il existe un point de reprise.

Dans le second, chaque minute permet de repousser encore la décision.

Faut-il supprimer le téléphone en rentrant du collège ?

Je me méfie des solutions radicales.

Dire aux parents qu’il suffit de supprimer les écrans entre 17 h et 20 h transforme vite le problème des devoirs en guerre familiale autour du téléphone.

Et surtout, cela ne résout pas nécessairement la difficulté à commencer.

Un adolescent sans téléphone peut aussi procrastiner en discutant, en allant manger quelque chose, en rangeant sa chambre ou en faisant n’importe quoi qui lui permette de retarder le moment du travail.

Le smartphone ajoute néanmoins une difficulté particulière : il rend la distraction extrêmement disponible.

Une solution plus réaliste peut donc être de distinguer clairement deux moments.

La pause est une vraie pause.

Mais son heure de fin est décidée avant qu’elle commence.

Puis, au moment choisi, le téléphone peut être posé un peu plus loin pendant les premières minutes de travail.

Non comme une punition.

Simplement pour ne pas demander à l’élève de choisir toutes les trente secondes entre son exercice et une notification.

Le meilleur objectif : commencer petit

Nous avons parfois tendance à vouloir obtenir immédiatement le comportement idéal :

« Tu rentres, tu goûtes, tu fais tes devoirs sérieusement pendant une heure et ensuite tu peux te détendre. »

Pour certains adolescents, cet objectif est tellement éloigné de leur fonctionnement actuel qu’il échoue chaque soir.

Je préfère souvent chercher le plus petit comportement capable de déclencher le suivant.

Pas :

« Révise ton contrôle. »

Mais :

« Ouvre ton cahier. »

Pas :

« Fais tes maths. »

Mais :

« Regarde le premier exercice. »

Pas :

« Travaille pendant une heure. »

Mais :

« Commence cinq minutes. »

Il se passe alors quelque chose d'intéressant : une fois l'activité commencée, continuer peut devenir plus facile que commencer.

L’objectif n’est donc pas toujours de trouver comment motiver un adolescent pendant une heure.

Il est parfois de réussir à lui faire accepter les cinq premières minutes.

Et les parents dans tout ça ?

Le piège consiste souvent à devenir soi-même le moteur du démarrage.

« Tu as des devoirs ? »

« Tu commences quand ? »

« Ça fait une heure que tu es sur ton téléphone. »

« Tu n’as toujours pas commencé ? »

« Va travailler maintenant. »

À court terme, cela peut fonctionner.

Mais le risque est que le déclencheur reste toujours extérieur : le parent doit lancer la machine chaque soir.

L'objectif, progressivement, est au contraire que l'élève construise son propre rituel de démarrage.

Par exemple :

1. Je rentre et je prends une vraie pause.

2. Je décide à l’avance à quelle heure je commence.

3. À cette heure-là, je regarde uniquement le premier travail à faire.

4. Je commence par cinq ou dix minutes.

5. Ensuite seulement, je décide de la suite.

Ce n’est pas spectaculaire.

Mais apprendre à travailler, c’est aussi apprendre à se mettre au travail.

Même une IA ne peut pas travailler avec un élève qui ne l’ouvre pas

C’est une limite que je retrouve également avec PROFIA, l’outil d’accompagnement scolaire par intelligence artificielle que j’ai créé.

PROFIA a été conçu pour éviter une partie du problème que posent les IA généralistes : au lieu de fournir immédiatement une réponse complète, il questionne l’élève, lui donne des indices, lui demande de reformuler et l’aide à avancer étape par étape.

Mais je constate la même chose qu’avec un cahier ou un professeur particulier :

si l’élève ne commence pas, le meilleur outil pédagogique du monde ne sert à rien.

C’est pourquoi l’accompagnement ne doit pas seulement porter sur la compréhension d’un exercice.

Il doit parfois commencer quelques minutes avant :

« Qu’est-ce que tu dois faire ce soir ? »

« Par quoi peut-on commencer ? »

« Montre-moi seulement le premier exercice. »

Réduire l’effort nécessaire pour démarrer, sans supprimer l’effort nécessaire pour apprendre.

C’est peut-être une partie de la réponse au fameux :

« J’ai la flemme. »

Parce qu’un adolescent n’a pas toujours besoin qu’on lui donne soudainement envie de travailler.

Il a parfois simplement besoin que le premier pas soit assez petit pour qu’il accepte de le faire.

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